91 · Russie · Construit v. 1714
Kiji
Vingt-deux coupoles de bois ; trois siècles plus tard, il a fallu la soulever dans une ossature d'acier pour qu'elle tienne.
Elle s'ouvrira dès que le volume total sur le registre atteindra 19 000 $US.
Registre Des Détenteurs
Le registre est vide. La première personne à le réclamer sera inscrite ici pour toujours — à partir de 3 $US.
L'histoire
Sur une île longue et étroite au milieu du lac Onega, juste au-dessus de la limite des arbres, se dresse une église entièrement de bois. Elle a vingt-deux coupoles, et ces coupoles ne forment pas une masse : elles sont disposées en étages, décroissant à mesure qu'elles montent. De loin, cela ne se lit pas comme un bâtiment mais comme une silhouette de forêt empilée.
L'église de la Transfiguration fut achevée en 1714. Là où elle se tient — la Carélie, au nord-ouest de la Russie — la pierre est rare et la forêt ne l'est pas. Le choix du matériau ne fut donc pas une préférence mais une condition : le pin, et le tremble pour la couverture des coupoles.
Ce Qui Est Sans Clou, Et Ce Qui Ne L'est Pas
La phrase la plus répétée à propos de Kiji est qu'elle a été bâtie sans un seul clou. C'est une part de la vérité, et il vaut la peine de la dire avec soin.
Le corps du bâtiment est effectivement sans clou. Les rondins sont entaillés à leurs extrémités et emboîtés les uns dans les autres ; à chaque angle un rondin tombe dans la gorge taillée dans celui du dessous, et la structure se verrouille sous son propre poids. Aucune ferrure, aucun mortier. C'est la charpenterie que la région pratiquait depuis des siècles — non une invention faite pour cette église.
Les bardeaux des coupoles, c'est autre chose. Ces petites plaques de tremble, appelées lemekh, dépassent au total les trente mille, et elles sont clouées. Donc « pas un seul clou » n'est pas exact. Ce qui est exact : la structure se porte sans clous, la peau non.
Le choix du tremble n'est pas non plus fortuit. Son bois gonfle sous la pluie et referme les joints, et sèche en un gris argenté. C'est pour cela que les coupoles changent de couleur avec le temps qu'il fait.
Le Charpentier Et Sa Hache
On raconte ici une histoire : que Nestor, le maître charpentier qui acheva l'église, jeta sa hache dans le lac en disant qu'il n'y en avait jamais eu de pareille et qu'il n'y en aurait jamais. C'est une légende. Elle n'est attestée nulle part, et l'on ne sait pas qui fut le bâtisseur. Mais l'histoire vaut comme témoignage d'un autre ordre : elle dit comment on regardait ce bâtiment.
Deux autres constructions se tiennent à côté : l'église de l'Intercession, de 1764, et un clocher ajouté en 1862. Les trois, dans la clôture de bois qui les entoure, forment l'enclos appelé pogost.
Quand Elle N'a Plus Pu Tenir
L'ennemi des bâtiments de bois n'est pas le temps mais l'eau. Les rondins bas de l'église ont bu pendant des siècles l'humidité du sol et ont commencé à pourrir. À la fin du XXe siècle l'édifice avait visiblement gauchi, et le risque d'effondrement était réel.
La solution fut inhabituelle. Une ossature d'acier fut montée à l'intérieur de l'église, et le bâtiment, découpé en sections de rangs de rondins, fut soulevé de sa propre assise par cette ossature. Les rondins pourris furent retirés un à un, les sains laissés en place, les remplaçants taillés selon la technique ancienne et posés, puis la section redescendue. Le travail alla du bas vers le haut sur plusieurs années et s'acheva vers 2020.
Ainsi, un bâtiment fait sans clous a accepté en lui une colonne métallique provisoire pour rester debout, et s'est reconstruit sur lui-même pièce par pièce.
Aujourd'hui
Le pogost de Kiji a été inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1990. L'île est aujourd'hui aménagée en musée de plein air ; des maisons de bois, des moulins et des chapelles venus d'ailleurs en Carélie y ont aussi été rassemblés.
La vraie fragilité tient au matériau. Le bois brûle, pourrit et se fend au fil des gels et des dégels. Les précautions contre l'incendie y sont étendues, mais la protection ultime n'est pas une intervention unique : c'est l'entretien continu — rondins et bardeaux inspectés chaque année et remplacés un à un quand il le faut.
Emplacement
Kizhi Pogost, Kizhi Island, Lake Onega, Karelia
62.0681, 35.2242