70 · Liban · Construit v. 15

Baalbek

Le plus lourd bloc de pierre taillé de l'Antiquité repose toujours dans sa carrière, inexploité.

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L'histoire

Des visiteurs debout sur le bloc de pierre colossal encore à demi rattaché au socle rocheux de la carrière

À moins d'un kilomètre des temples de Baalbek, une colline abrite une ancienne carrière où dorment des monolithes que nul n'est jamais venu chercher. Le plus célèbre, connu sous le nom de Hajar al-Hibla (« la pierre de la femme enceinte »), pèse environ mille tonnes. Dans les années 1990, un bloc encore plus lourd fut mis au jour à ses côtés. Puis en 2014, une équipe archéologique allemande découvrit un troisième monolithe mesurant près de dix-neuf mètres et demi de long pour une masse estimée à plus de mille six cents tonnes. C'est le plus grand bloc de pierre taillé de main d'homme de tout le monde antique.

Il n'a jamais quitté son lit rocheux. L'une de ses faces fait toujours corps avec la roche mère, et les traces de burin le long de ses flancs semblent dater d'hier. Nul ne sait pourquoi les carriers interrompirent leur labeur : une fêlure imprévue dans la veine ou un changement d'ambition architecturale.

La Cité De Baal, Puis D'Héliopolis

Baalbek existait bien avant l'arrivée de Rome. Les premiers niveaux d'occupation remontent à l'âge du bronze, et le nom dérive du dieu sémitique Baal. Le monde hellénistique désigna la cité sous le nom d'Héliopolis, « la ville du Soleil ».

Sous Auguste, Rome y installa des vétérans et en fit une colonie. Dans cette haute vallée de la Bekaa à plus de mille mètres d'altitude, l'Empire entreprit l'édification de l'un des sanctuaires les plus gigantesques de son histoire. Le temple de Jupiter était ceinturé de cinquante-quatre colonnes colossales hautes de vingt mètres.

Le bloc de huit cents tonnes hissé dans le mur de soutènement à l'aide de cabestans et de cordages

Le mur de terrasse ouest du grand temple intègre le fameux Trilithon : trois blocs de pierre disposés bout à bout, chacun long de dix-neuf mètres et pesant près de huit cents tonnes. Ils ne reposent pas au sol mais couronnent d'autres assises mégalithiques à plusieurs mètres de hauteur.

Aucune grue n'aurait pu soulever une telle masse. Les blocs furent acheminés par gravité depuis la carrière située en surplomb, glissés sur des rouleaux de bois et manœuvrés par des batteries de cabestans actionnés par des centaines d'hommes. Les joints entre les blocs sont si parfaits qu'il est impossible d'y glisser une lame de couteau.

Ce Que Les Séismes Ont Épargné

Six colonnes restées debout parmi les fûts écroulés après le séisme

Des cinquante-quatre colonnes du temple de Jupiter, six seulement se dressent encore, rescapées des violents séismes qui ont ébranlé la faille du Levant au fil des siècles. Leurs fûts reliés par un fragment d'entablement forment la silhouette la plus célèbre du Liban.

Le temple voisin, traditionnellement attribué à Bacchus, est l'un des temples romains les mieux conservés au monde, avec ses portiques, ses plafonds à caissons sculptés et son immense portail intact.

Aujourd'hui

Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1984, Baalbek accueille depuis 1956 son prestigieux festival international de musique au pied des six colonnes. Le site reste un prodige absolu de la stéréotomie antique.

Emplacement

Baalbek
Liban

Baalbek, Beqaa Governorate

34.0069, 36.2039