68 · Éthiopie · Construit v. 300
Aksoum
Un empire qui frappait sa propre monnaie d'or et sculptait des gratte-ciel dans d'uniques blocs de granit.
Elle s'ouvrira dès que les dépenses totales sur les monuments de Éthiopie atteindront 100 $US.
Registre Des Détenteurs
Le registre est vide. La première personne à le réclamer sera inscrite ici pour toujours — à partir de 3 $US.
L'histoire
En 1937, les troupes d'occupation italiennes prélevèrent l'un des plus hauts monolithes gravés du champ de stèles d'Aksoum, le découpèrent en plusieurs sections, chargèrent le tout sur des camions et l'expédièrent à Rome. Ce monolithe de granit pur de vingt-quatre mètres se dressait là depuis quelque dix-sept siècles. Réérigé près de la Porta Capena dans la capitale italienne, il y demeura pendant près de soixante-dix ans.
L'Italie accepta de le restituer dès 1947, mais les démarches traînèrent des décennies durant. En 2002, la foudre frappa le sommet du monument à Rome, précipitant enfin l'accord. La stèle regagna l'Éthiopie par les airs en 2005 à bord d'un avion cargo géant — une des plus lourdes opérations de transport aérien de l'histoire — et fut redressée sur son sol d'origine en 2008.
Des Édifices Qui Ne Sont Pas Des Édifices
Les stèles sont la raison première pour laquelle on vient à Aksoum. Taillées dans d'uniques blocs de granit extrait à quelques kilomètres de là, elles étaient sculptées avec minutie puis dressées au-dessus de tombes souterraines royales. Le relief représente fidèlement la façade d'un édifice à étages : rangées de fenêtres, poutres de bois simulées en pierre, et au rez-de-chaussée une fausse porte ornée d'un verrou et de gonds sculptés. Personne n'était censé ouvrir cette porte : c'est l'architecture réinterprétée en pure sculpture.
La plus gigantesque ne s'est jamais dressée avec succès. Longue de plus de trente mètres et pesant plus de cinq cents tonnes, elle gît brisée en cinq morceaux là où elle s'est écroulée lors de la tentative de levage. Le projet le plus audacieux de l'empire est resté figé au moment exact de sa chute.
L'un Des Quatre Grands Royaumes Du Monde
Aksoum s'étendait sur les hauts plateaux de l'actuel nord de l'Éthiopie. Sa puissance ne tenait pas tant à l'étendue de son territoire qu'à sa position géographique charnière : le port d'Adoulis sur la mer Rouge d'un côté, et les routes caravanières de l'intérieur de l'Afrique de l'autre. L'ivoire, l'or, les gommes et l'encens transitaient par Aksoum vers Rome et l'Inde.
Au IIIe siècle, le philosophe perse Mani classait Aksoum parmi les quatre grands empires du monde, aux côtés de Rome, de la Perse et de la Chine.
Aksoum frappait sa propre monnaie en or, argent et bronze — un privilège que très peu d'États de l'époque pouvaient revendiquer. Les pièces d'or destinées au commerce international portaient des inscriptions en grec, tandis que la menue monnaie de bronze destinée au marché local était frappée en guèze.
Au IVe siècle, le roi Ezana embrassa le christianisme. Les disques et croissants païens disparurent des pièces au profit de la croix chrétienne, faisant d'Aksoum l'un des tout premiers empires à battre monnaie chrétienne.
La Suite De L'histoire
Après la christianisation, l'érection de stèles tomba en désuétude au profit de la construction de basiliques et d'églises. Dès le VIIe siècle, les routes de la mer Rouge se réorganisèrent et Aksoum perdit son rôle commercial, mais resta le cœur spirituel de l'Église orthodoxe éthiopienne. Selon la tradition, l'Arche d'Alliance est conservée dans une chapelle adjacente à l'église Sainte-Marie-de-Sion, gardée par un moine unique qui ne quitte jamais l'enclos.
Aujourd'hui
Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1980, Aksoum conserve ses champs de stèles, ses tombes royales et ses fondations de palais. La plus grande stèle tombée repose toujours au même endroit depuis dix-sept siècles, témoin silencieux de la démesure des souverains aksoumites.